jeudi 26 mai 2011

Toux sèche.

Toux qui aboie dans le silence de la nef et qui roule sous les ogives. Raclement de gorge, effort de clarification.
Toux sèche, cassante, sifflante. Toux du père qui va qui vient rythmant le temps, coupant la quiétude du soir.
Toux qui casse le murmure des convives et les réponses des voisins.
Toux née du côté gauche, gauchissant, tournant à cœur ouvert, raclant, ramonant l'émotion du passé. Secousses qui empêchent de dormir et qui s'apaisent dans la fatigue, au premier chant du coq.
Grosse caisse, qui tonne pour dire et qui ne dit rien. Toux qui crépite, comme un alphabet morse, pour dire les soubresauts du diaphragme, la révolution d'un être là, au fin fond de ce corps qui déraille.
Gerbe d'émotions refoulées qui s'étranglent sous la poussière des jours.
Echo de la toux de sa fille. Toux matrice, de père à fille.
Toux qui secoue les reins, le ventre cherchant à libérer des tripes, l'émotion violente, séquelle d'une bataille perdue.
Toux de marquise, illusoire, qui siffle par l'étouffement d'une gorge étranglée, pour réclamer une présence, une main, une voix, un corps chaleureux.
Toux qui appelle la protection de deux bras, l'étouffement de possession, la pression d'une présence réelle.
Toux qui appelle une bouche remplie de doux mots, tendres, réconfortants, débordant d'un amour espéré.
Toux qui appelle la douceur frissonnante d'une main qui caresse le front, la joue.
Toux qui appelle un corps rempli de bruits pour vibrer avec lui au son du métronome, réconfortant qu'est un cœur battant.
Bruits d'une respiration qui rapproche et écarte comme une vague berceuse sur une mère tranquille.
Note fêlée, qui va et vient comme un microsillon cassé, marquant à plaisir un amour inachevé.
Fausse note d'une vie qui malgré tout appelle, encore, toujours.
Gorge étranglée qui s'assèche et crevasse dans l'émotion du groupe. Gorge sans salive qui avale, gorgée d'air pour gorgée d'eau.
Oesophage rebelle qui confond voie d'air et voie d'eau
Emotion, qui adhère, qui gratte, contraction qui racle pour trouver, pour chasser un souvenir enfoui.
Emotion, qui s'approche lentement, de la tête de la bouche, des yeux.
Emotions qui assèchent et perturbent, qui troublent le timbre de la voix.
Fourmillement buccaux, faciaux qui portent témoignage d'un trouble émotif, grimace accrochée sur un visage triste.
Muscles qui fibrillent entre contrôle et abandon.
Toux qui coupe la nuit en tranches d'insomnie.
Toux qui hurle en des maux ce qui n'a pas été mots.
Toux du père, toux de la fille, toux.
Mars 88

jeudi 19 mai 2011

Tristesse

Depuis le retour au travail, les levers matinaux et le départ vers l'arrêt de bus, étaient souvent difficile. La mise en train était lente puis précipitée pour atteindre à l'heure dite l'arrêt en bas de la rue. Ce matin-là dès les premiers pas, une vague de tristesse s'était abattue sur moi. Mon visage s'effondrait sous une sensation forte de peine. J'étais au bord des larmes comme frappé par le malheur.
Pourtant aucun souvenir connu, aucune image n’' était à nouveau parvenue la nuit à ma conscience. J'étais triste sans savoir pourquoi.

Etait-ce la solitude matinale, la mise en route vers un monde nouveau dont je ne percevais pas encore les structures et où je n'avais pas encore ma place. Ce sentiment latent flottait en moi, sans origine sans attache prêt à sortir.
En supervision, une réflexion me renvoya encore à cette ambiance de pleine que je négociais bien plus facilement que celles où l'agressivité pointait. C'est vrai que face à la peine, j'étais souvent prêt à intervenir, à dire un mot, à être compatissant. En ligne, j'avais aussi reçu une image de ma voix. J'avais entendu à mon propos.
« Vous avez le parlé triste ! »
Un petit air malheureux flottait autour de moi dans mes mots dans mon comportement. Puis un jour en entrant dans une chapelle, un nom flotta brusquement en moi en s'énonçant de manière claire « Tristounet » C'était un mot, un nom qui résonnait apparaissant à ma conscience. Curieusement ne faisant pas parti de mon vocabulaire. Il flottait comme un écho, comme une perception passée, comme un slogan à travers l'éther.
C'était une clé.
Mystérieuse encore mais qui faisait partie de ma vie passée, d'un vocabulaire oublié. Elle devait ouvrir la porte du souvenir qui l’avait fait naître.
C'était la cause d'une blessure comme disaient les membres du renouveau charismatique. il me fallait prier sur elle.

Hier en bénéficiant d’un massage de corps, la kiné me dit percevoir en moi une grande tristesse un état latent de poids du monde agissant également sur les lombaires. C'était bien cela une tristesse voyageait en moi, apparaissait disparaissait sans que je puisse en saisir la cause.
Juin 88-D 50

mercredi 18 mai 2011

Corps

Corps inconnu, support de la vie, de ma vie. Je te découvre au travers de mes expériences des dernières années.Sensations subtiles, nouvelles qui percent le brouillard, l'ignorance de la vie quotidienne.Chemin de libération parcouru lentement au gré des rencontres qui ouvrent les unes après les autres des parcelles de connaissances. Chemin inconnu qui part de la tête et qui descend de plus en plus bas, de plus en plus loin en un va et vient libérateur, en une perception de plus en plus précieuse des tensions qui l'habitent et qui semblent exprimer retrait, révolte et soumission.
Observateur neutre, réfugié dans un coin de la conscience qui enregistre sans jugement le nouveau, l'insolite le, curieux pour le confronter, l'analyser, le transformer. Guidance mystérieuse qui oeuvre pour le bien de celui qui lui fait confiance et qui offre depuis trois ans des faits nouveaux, révélateur d'un cheminement souvent confirmé dans des textes et des livres.
Danse du ventre ou le ventre n'occupe pas sa place et qui révèle les tensions tirant celui-ci vers le haut.
Estomac comprimé par l'angoisse et la peur qui bloque la digestion et gonfle la poitrine. Bassin bloqué en position fermée qui empêche depuis longtemps l'ouverture à la vie. Bassin qui bascule vers l’avant et qui s'ouvre dans la joie de la délivrance. Position de foetus qui s'ouvre de plus en plus pour accueillir le monde et qui décharge enfin les lombaires du poids du monde. Épaules relevées qui essayent sans fin de quitter la perception du sol, de protéger des agressions passées du monde et qui ferme aussi en position foetale mon corps d'adultes.
Corps fermé comme une pince, corps qui reste dans sa coquille et qui ne vit pas la vie joyeuse et souple de l' être fluide et lumineux.
Tension pesante qui ferme tous les muscles du corps dans un effort ancien de protection, de repli.
Tensions qui ankylosent un corps sans vigueur, épuisé par un travail permanent de peur qui bloque dans l'oeuf les courants de la vie. Lutte du bas, du haut pour s'ouvrir, se dresser pour faire face à la vie dans un mouvement d'accueil dans un mouvement de joie.
Lutte du bien et du mal qui prolonge un combat dont la raison ancienne se perd dans le brouillard du temps passé.
Mars 88. D43

lundi 9 mai 2011

Entends Mozart

Fatigué par l’activité ménagère dense de la matinée, je m’étais assis sur le lit puis couché sur le dos les pieds toujours à terre pour me détendre quelques minutes en écoutant le morceau de musique classique que l’enregistreur à cassette diffusait.
Le morceau de musique jadis composé par Mozart me plaisait. Systématiquement chaque jour, j’essayais d’en écouter d’autres, de me retrouver un peu plus dans ce monde musical que j’avais souvent fuit et rejeté pour m’attacher à la musique de jazz et à la musique moderne.
Cette musique me parlait et son dynamisme me faisait du bien me remontait le moral en cette période pénible où j’assurais le travail à la maison faute, de travail extérieur.
L’orchestre accompagnait le soliste, joueur de flûte ou de clarinette sans que je puisse vraiment l’identifier car ma connaissance de la qualité des sons se réduisait à peu de choses. Seule la pureté du son de l’instrument à vent se démarquant des autres instruments, m’intéressait.
Totalement relâché, sans contrainte physique, j’étais entièrement disponible et totalement centré à présent sur le son magnifique et pur qui s’échappait dans l’espace. Je pénétrais de plus en plus dans le champ sonore et musical de la composition jusqu'à m’identifier, ne faire qu’un avec les ondes qui atteignaient mes oreilles, mon corps tout entier. La musique et mon corps étaient sur une longueur d’onde semblable, similaire, parallèle peut-être puis une sensation m’envahit le ventre.

Etais-je envahi par le son, impossible d’en décrire clairement l’historique, un saut de perception venait d’être fait en moi.

Le son de l’instrument s’était matérialisé comme un serpent sortant des hauts parleurs, pour entrer en moi en vibrant, tourbillon surprenant d’animation symbiotique avec le soliste. Comme une toupie l’énergie musicale, soutenue par la clarinette ou peut-être même le hautbois, se mouvait de plus en plus vite dans mon espace corporel, pour sur sa lancée soutenue par les violons attendre le retour du soliste pour s’envoler de plus en plus fort.
Le musicien était comme un charmeur de serpent, avec ses notes, son talent, son énergie, il faisait monter et se déplacer en moi un affect musical ventral.

Sous l’observation de mon esprit étonné qui assistait a la performance musicale non plus à l’extérieur mais à l’intérieur, la musique était en moi, me faisait vibrer. Le son pur et gracieux, l’espace du souffle du musicien menait une danse tourbillonnante en moi.
Mon corps dans cette posture curieuse n’était plus qu’une coupe avec en son centre comme un feu follet.
Flamme avivée par un soufflet, le son issu du transistor tournait en moi s’élevait montait descendait dans un mouvement joyeux et rempli de mystère.
Le monde sonore extérieur s’était prolongé par un monde de sensation intérieur sans que je puisse dissocier et l’un et l’autre.
Puis le soliste épuisé par sa performance céda le pas et l’orchestre repris la partition. L’affect disparu définitivement et dans la rémanence de cet événement, je reviens à la réalité, surpris et déçu.
Un bout de nirvana venait de m’être donné, gracieusement en cette matinée de solitude et d’abandon à la grâce.
Encore, encore criait en moi toutes mes perceptions corporelles, encore c’est tellement bon.
Ce feu d’artifice avait été tiré me laissant le souvenir d’un événement unique en tout cas primaire dans mes souvenirs musicaux.
Déjà, je me redressais, me levais pour remettre à son début la bande sonore, pour la remettre en route et attendre au passage suivant le retour éventuel de l’affect. L’expérience serait-elle reproductible, dans l’instant, dans le futur.
Serait-elle comme un plat favori que l’on peut à sa guise, quand l’envie se fait, reproduire pour sa satisfaction et son plaisir.
Les circonstances historiques, étaient-elles, nécessaires et suffisantes, ou était-ce l’histoire d’un billet de loterie gagnant.
Etait-ce le lot d’un être paumé et aux aguets de pouvoir dans sa sensibilité et susceptibilité face au monde de vouloir chercher refuge dans une musique drogue et baume de sa solitude et de son isolement.
L’affect était là comme un souvenir clé comme une certitude d’un état pouvant être vécu. Comme un phare dans la grisaille du jour au milieu d’une tempête sociale. Le quotidien pénible et angoissant laissait peu de temps à l’abandon et à la rêverie.
Des échéances humaines envahissaient et perturbaient mon quotidien. Seuls les mots écrits, sur une feuille de papier, gardaient la trace de l’événement d’un jour et du vague souvenir de tentatives nouvelles de repartir sur l’orbite joyeuse de la musique que Mozart avait jadis composée.

dimanche 1 mai 2011

La danse du ventre.

L'atelier des rêves arrivait a sa fin et Anne l'animatrice, nous proposait pour nous détendre de la journée passée assis, quelques exercices de relaxation dont un s'appelait la danse du ventre. Il était question d'une tribu d'indiens, mais mon attention à ce moment, n'était plus assez fraîche, des éléments d'explications m'avaient échappés.
"Imaginez votre ventre comme une boule suspendue, par le haut à deux fils imaginaires, fixés à chaque épaule, reliées en bas par deux autres fils à la rotule de chacune de vos jambes. La boule est le centre et centre de votre corps. Elle tourne attachée à ses quatre points de fixation. Elle tourne en rotation courte, large, minimum, maximum. Elle monte et descend. Boule et corps ne font qu'un.
Avec toute ma bonne volonté, encouragé par les efforts des autres, j'essayais de mon coté de faire tourner mon ventre-boule, le plus adéquatement possible en suivant les directives de notre animatrice. Par son commentaire elle lançait des idées dans les registres suivants.
"Votre corps relié à la terre par l'intermédiaire des pieds, posé à plat, franchement en contact avec elle. Le corps plongé dans l'air, les bras bougeant pour s'y fondre, s'y rattacher, s'y plonger. Les bras rattachent au ciel en un mouvement souple"
"Votre boule, votre corps suit ce mouvement de haut en bas, du bas en haut, de la terre au ciel, du ciel vers la terre, de la terre-mère au ciel-père, libre entre les deux".
Le corps vit de l'un à l'autre. L'énergie circule en symbiose avec l'un, avec l'autre, les intégrant.
De sa voix douce, par ses images, ses encouragements, elle nous entraînait, m'entraînait dans un mouvement et un contexte nouveau pour moi.
Mon corps gauche, lourd, raide, lent s'enrayait dans cette démarche. Ce bassin ne tournait pas rond, tournait mal, par saccade, irrégulièrement. C'était simple, limpide et pourtant je buttais.
Quelque chose coinçait. La souplesse, l'énergie ne circulait pas bien, ne circulait plus, se bloquait entre mon ciel et ma terre. Je percevais à présent nettement le blocage de mon corps en exercice. Je m'étais lancé sans idée préconçue, et a présent un message me perçait la tête, créait une nouvelle donne, cherchait une reconnaissance.
J'étais en dehors de l'épure, mon centre, ma boule ne circulait pas sur son orbite, ne tournait pas rond, ni en rond, je n'occupais pas mon centre.
Une perception très nette de déséquilibre s'inscrivait nettement. Mes attaches supérieures tiraient cette boule en moi, me déséquilibrait, me détachait de la terre, ma boule était collée en haut côté ciel, mon bassin n'était pas occupé. Les fils d'attache du haut de la boule, la tirait comme le feraient une paire de bretelles, vers le haut.
La journée prenait fin sur cette curieuse et nouvelle sensation.
Plusieurs jours durant, cette impression me collait à la peau, j'étais en recherche pour lui donné sens pour l'intégrer, pour en saisir les conséquences physiques sur mon corps.
Les idées se succédaient dans ma tête pour se fixer de plus en plus précisément sous une image de tension, de pression. Ma boule comprimait mes poumons, limitait ma respiration, mon volume d'air, me faisait perdre ma portance à la nage.
Bien sur, n'était-ce pas pour cela que je ne pouvais nager, ni faire la planche,
vu mes poumons sans profondeur.
Ma digestion était mauvaise, lente, vu la pression interne qui venait de prendre corps. Mon énergie vitale ne s'enracinait pas, était bloquée quelque part dans le bas du corps. de lumbago en lumbago, mon corps me disait la tension, la réserve, la peur de descendre dans mon tréfonds, dans mon corps à la rencontre de ce qui était la terre en moi.
Douleur présente, douleur gênante, pulsant régulièrement son avertissement
Souffrance, indice d'un corps qui souffre, où l'énergie, la souplesse ne circule pas. Souffrance d'un corps coupé en bas, coupé de la terre-mère.
Frère et sœur souffrant du mal de dos, témoin d'un même héritage, mal héréditaire, mal comportemental, repris jour après jour du comportement parental. Peur de la terre, de la mère.
Attitude face à la mère. Attitude face au père. Dualité, déséquilibre.

Pylore, pilori

Dans cette aigreur et ce brûlant récurrent, le mal vécu de mon boulot, devait y être pour quelque chose. Cela me devenait de plus en plus clair. Les périodes sombres tendues dans mes relations de travail étaient suivies de troubles d'estomac, principalement d'acidité, d 'aérophagie. Souvent, je n'en disais mot et gardais cette nausée pour moi, sans trop prendre conscience que j'étais aussi irritable et irrité que devait l'être ma membrane gastrique. Machinalement, je frottais sur mon estomac avec le souci inconscient d'évacuer au loin cette gène que je percevais.
Un curieux ballottement se produisait, semblable au comportement d'une bouillotte mal remplie ou d'un réservoir à essence. Il y avait du mouvement dans ce ballon ballottant.
"Tu n'es pas bien? me dit-elle, intriguée par mon comportement.
"J'ai mal digéré. J'ai le brûlant. " N'oublie pas ton médicament!
Bien sûr, bien sûr. J'en avais en réserve pour me soulager de cette brûlure. C'était ma seule ressource d'ailleurs.
La soirée se poursuivait dans l'ambiance tranquille d'une soirée familiale d'hiver.
Le téléphone transmit son appel, persistant et rythmé sous mon indifférence complète. Ce n'était pas pour moi à cette heure. C'était l'heure des amies de ma femme et des amis des enfants.
La conversation animée qui suivit me désigna sans la moindre doute, la féminité de l'appelante et ses soucis.C'était une amie de ma femme qui entraînait la conversation dans un de mes domaines favoris du moment : les rêves. C'était son rêve de la nuit passée. Mon épouse m'appela pour en partager l'écoute et pour participer à ce jeu futile et profond de l'interprétation des rêves. La conversation s'animait, se poursuivait à présent dans un échange profond, sensible, vivant. Curieusement mon corps fut animé par un bruit d'air, par un gargouillis à hauteur de la poitrine. C'était une décompression. Au propre comme au figuré, dans le corps comme dans l'esprit, je vivais une relaxation. Mon corps fonctionnait à nouveau tant l'échange verbal avec l'auditrice était chaleureux. Le phénomène de l'acidité trouvait son explication, je savais à la fois intellectuellement et physiquement.
Ma tension nerveuse disparue, le blocage de l'air qui entraînait le ballonnement et l'acidité se résorbait, plus loin que mon estomac, la barrière du pylore s'ouvrait me libérant. Quelle vérité que cette phrase de notre langage commun :" Il m'a coupé l'appétit."
L'estomac bloqué à sa sortie, n'accepte plus rien, refuse son service, rend son acidité. Mon vécu se marquait physiquement, c'était psychosomatique, cette acidité.
Un souvenir ancien, de plus de 10 ans, me revint à l'esprit. Je ne pouvais plus respirer qu'avec difficulté, par petites doses seulement, lentement, bruyamment. Sous la panique, j'attendais le médecin, appelé d'urgence et respirais vaille que vaille. Un quart d'heure plus tard, la sonnette retentit, le phénomène disparu immédiatement, j'étais guéri, libéré. J'étais frais dispos pour le recevoir, moi le grand malade, le moribond.
C'était maintenant la même chose, le même phénomène, l'air accumulé et bloqué dans mon estomac se détendait libéré par la parole, par le rire.

La bataille de l'Argonne.

Pour la décoration de l'univers familial, à la pause de midi, à 20 minutes du bureau, j'avais poussé la porte d'un magasin d'encadrement et je parcourais les allées tranquillement quant au détour d'un couloir mes yeux tombèrent sur un poster, reproduction d'un tableau inconnu.
Immédiatement, un effet puissant me figea sur place, au niveau du ventre une contraction m'envahit me conduisant presque jusqu'au vertige et je me retrouvais groggy dans l'allée un peu plus loin.
Cet effet étonnant n'avait bouleversé, secoué et j'avais peine à en comprendre le sens.
Plus tard, l'utilisation d'un ascenseur grande vitesse dans une des tours de la Gare du Nord m'avait donné un point de comparaison, me permettant d'approcher plus précisément la nature de cette étrange sensation qui m'avait touchée.

Les mots me manquaient pour préciser exactement pour expliquer ce qu'avait pu être cet effet si brusque, si mystérieux , unique peut être.
Une chose était certaine un lien clair et net me ramenait à cette copie de l'oeuvre d'un artiste bien connu, Magritte.
Après recherche dans les catalogues, j'avais trouvé le nom de ce tableau : "La bataille de l'Argonne". Ce n'était pas le titre qui était en cause bien sûr mais plutôt le symbolisme qu'il exprimait à travers cette pierre et ce nuage côte à côte sur un fond bleu, vaisseaux placés dans le ciel lors d'un coucher de soleil. L'importance de ces faits sur mes sensations nécessitait de ma part une recherche et une analyse du sens que cette image pouvait avoir dans ma vie.
Mon imagination débridée pouvait apporter de nombreuses hypothèses, toutes aussi plausibles les unes que les autres mais était-ce possible de les évaluer sereinement, sans parti pris. Plutôt que de fantasmer sur le sujet j'avais pris la décision de faire encadrer la copie achetée et j'avais suspendu le tableau à la place d'honneur dans mon living, en attendant que son sens transparaisse qu'un événement nouveau apporte un élément supplémentaire permettant d'entrer dans le mystère de cette composition peinte par l'artiste et de son effet sur moi.
Pendant plusieurs années le cadre portant le poster orna mon living sans qu'aucune sensation identique ne vienne renforcer ou remettre en route la sensation.
Grâce au symbolisme des rêves, aux images décodées lors d'une session de formation, l'idée du yin et du Yang avait fait sa place, et mon interprétation s'orientait de plus en plus vers une évaluation des caractères féminins et masculins dans l'humain. Une sorte d'équilibre devant être trouvé entre l'aspect masculin et le féminin. Une convivialité de bon aloi devait sans doute être exprimée par cet aspect humide et doux ,le nuage et l'aspect sec, ferme,dur du rocher.
Cette hypothèse étant posé, il me restait d'attendre encore pour voir si un jour ou l'autre, elle serait confirmée.
L'aspect masculin évoqué m'embarqua dans un cheminement par rapport à la place de l'homme, ma place d'homme et le message caché du tableau se dilua dans la quotidien.
A près des années de présence, le tableau était toujours muet, et aucun élément neuf, ne m'était apporté pour comprendre cet effet qui restait à jamais imprimé dans mes sensations et que devait exprimer subliminalement cette oeuvre d'art.